Une passe pour quel autobus en région ?
Le nouveau gouvernement péquiste a promis une passe de transports publics à 95 $. Cette promesse doit être rapidement réalisée, mais en région, cela ne viendra pas résoudre l’absence ou la dégradation récente des services de transports publics. La question se pose : une passe, très bien, mais pour prendre quel autobus ?
À cause de la coupure de 200 M $ annoncée sans préavis par le gouvernement de la CAQ en janvier dernier, les améliorations des dernières années sont menacées et de graves reculs s’annoncent. Abandon du circuit d’autobus interrégional Brome-Yamaska. Fin du service entre les municipalités du haut-pays et Rimouski,de la ligne Intercar reliant Tadoussac à Chicoutimi et de la ligne entre la MRC de Bécancour et Trois-Rivières. Mise en péril des services d’autobus gratuit de Rouyn-Noranda. Remise en question du projet de tramway à Gatineau. Réduction des services à la Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (RÉGÎM).
C’est également le transport interurbain par autocar qui pourrait encore voir ses services diminuer, alors que le nombre de départs a déjà été divisé par 7 depuis les années 1980. Rappelons également que la réduction drastique de la fréquence des trains Via Rail, qui s’arrêtent uniquement trois fois par semaine la nuit à Rimouski, a aussi fragilisé les déplacements interrégionaux dans les dernières années.
Dans les régions urbaines, la société de transport Exo, qui exploite des trains de banlieue et des autobus dans la grande région de Montréal, a annoncé une réduction de 11 % de ses effectifs, tandis que la Société de Transport de l’Outaouais (STO) et la Société de transport de Sherbrooke (STS) voient leur développement entravé et des emplois de qualité abolis, malgré les hausses d’achalandage.
Dépendre d’une auto trop chère ou de bus fantômes
Avant ces tristes nouvelles, l’état des transports publics en région était déjà déplorable. Les services sont trop peu fréquents, souvent en retard, voire parfois annulés, et les tarifs sont inaccessibles pour les plus précaires. Deux personnes sur cinq vivent dans une municipalité sans service de transport collectif. En milieu rural, seuls 14 % habitent à moins de 500 mètres d’un arrêt de transport en commun, contre 83 % en milieu urbain. De plus, dans le contexte de la hausse de loyers, plusieurs personnes sont contraintes de s’éloigner des « centres » et voient leur accès aux transports publics se détériorer.
Dans la plupart des régions du Québec, la voiture n’est donc pas considérée comme une option mais comme une obligation, y compris pour les gens qui sont les plus pauvres. Mais dépendre d’une automobile coûte cher. Là où les transports publics se sont développés, comme à Salaberry-de-Valleyfield, se passer d’une automobile permet des économies allant jusqu’à 8000 $ par année.
Fragiliser les transports publics en région, c’est donc aggraver la crise du coût de la vie, en plus de limiter l’accès à l’éducation ou à certains emplois pour les personnes précaires sans voiture. Pour ces personnes qui n’ont pas accès à d’autres moyens de transport, un bus fantôme ou trop éloigné, c’est devoir manquer un rendez-vous médical, arriver en retard au travail, ne pas pouvoir accéder à l’éducation ou devoir dépendre d’un voisin pour faire son épicerie. C’est aussi manquer des rencontres familiales ou amicales, alors que la solitude devient un enjeu de santé publique.
Lorsqu’il est plus facile pour une personne vivant à Rawdon de se rendre à Montréal plutôt qu’à Joliette, c’est toute la force vive et l’économie des régions qui sont menacées. Cette sombre situation se répète partout au Québec, des Laurentides à la Mauricie, de l’Estrie au Saguenay-Lac-St-Jean, en passant par l’Outaouais, la Gaspésie, le Bas-St-Laurent, le Nord du Québec, la Côte-Nord et la région de la capitale nationale.
En finir avec l’austérité dans nos transports publics
Dans ce contexte, nous exigeons du nouveau gouvernement l’annulation des coupures, le rétablissement des services supprimés et un réinvestissement majeur dans les transports publics en région, afin d’offrir un service plus fréquent, fiable, abordable et qui couvre un plus vaste territoire. Ces transports publics doivent être adaptés aux différents besoins des centres urbains et régions du Québec, soutenus par un financement public stable et orienté vers le long terme.
Afin de financer ces mesures, nous demandons notamment à ce que les employeurs, qui sont les premiers bénéficiaires du transport de leurs employés, soient contraints de faire leur juste part dans ce financement, au lieu de bénéficier de baisses d’impôts.
Nous appelons à miser sur les transports publics pour offrir des emplois syndiqués, avec de bonnes conditions de travail, plutôt que d’attaquer les droits syndicaux et de faire des économies de bout de chandelle sur le dos de ceux qui font vivre ce service au jour le jour. De cette manière, les transports collectifs pourraient devenir un secteur d’avenir offrant une transition juste pour tous les travailleurs et travailleuses, notamment pour nous aider à sortir collectivement des secteurs polluants.
Si une passe unique à 95 $ peut être bienvenue, l’absence de service en région force les gens à dépendre d’une automobile et des pétrolières, au lieu de favoriser leur droit de se déplacer librement et à bas coûts. Dans le contexte des canicules meurtrières, des feux de forêt ravageurs, des inondations destructrices – toutes des conséquences amplifiées par la combustion du pétrole et la dépendance à l’automobile – il est plus que temps de faire du Québec un territoire où la majorité pourra et voudra se déplacer principalement par bus, train, taxibus, tramway et métro.